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Civilisation écologique: une réponse stratégique à la triple crise environnementale dans les villes africaines

24 Juin 2025

Les villes en Afrique sont des points de concentration de la population et moteurs de la croissance économique. Elles abritent plus de la moitié de la population (54% en 2020[1]) et contribuent en moyenne à 30%[2] du produit intérieur brut (60% pour certains pays, comme la Côte d’Ivoire). Malheureusement l’expansion urbaine et le développement économique qui s’accompagne font des villes africaines des épicentres de la triple crise environnementale (perte de la biodiversité, pollution et changement climatique), toute en amplifiant les inégalités sociales. En effet, l’expansion urbaine se caractérise par un étalement spatial, de fortes mutations et recompositions spatiales, altérant significativement, voire de manière irréversible les écosystèmes naturels. La transformation d'espaces naturels en zones bâties et l’artificialisation des sols accélèrent le recul de la nature et la perte de biodiversité. La concentration des activités économiques accentue la pollution de l’air, des eaux et du sol, tout en contribuant massivement à l’émission des gaz à effet de serre. Les villes africaines sont particulièrement vulnérables aux impacts du changement climatique. Elles font face à des phénomènes accrus d'inondations, de vagues de chaleur et de montée du niveau de la mer. Ces crises environnementales touchent de manière disproportionnée les populations les plus vulnérables, souvent situées dans des quartiers défavorisés.

D'ici 2050, la population urbaine en Afrique va doubler, exacerbant les crises environnementales ci-dessus évoquées ainsi que les inégalités. Cette transformation urbaine inévitable fait des villes africaines des zones d’enjeux particuliers pour la conservation, mais aussi le bien-être humain. Elle soulève d'importants défis en matière de planification urbaine et plus encore de modes de vie et de modèles de développement. En réponse à ces défis, le Centre Africain pour le Développement Équitable (ACED) travaille à promouvoir la civilisation écologique dans ses pays d’intervention.

La civilisation écologique est un modèle de société dans lequel le développement humain est organisé en harmonie avec la nature. L'économie, la culture, les technologies, l'agriculture, et les modes de vie sont conçus pour protéger l'environnement, préserver les ressources naturelles, et respecter les équilibres écologiques sur le long terme. Ce concept propose de dépasser le modèle actuel basé sur la croissance économique à tout prix, pour construire une société durable, équitable et respectueuse de la nature. C’est un modèle qui réconcilie la vision instrumentale et celles relationnelle et intrinsèque de la nature dans l’approche de développement.

“La civilisation écologique c'est un mode de vie et de développement avec la nature et en tant qu’élément de la nature, en opposition à un mode de vie aux dépens et au détriment de la nature”.

Ce changement civilisationnel requiert des interventions à trois niveaux : dans la recherche et l’innovation, les politiques publiques et les pratiques :

  • La recherche et l’innovation constituent un pilier fondamental de la transition vers une civilisation écologique. La recherche produit des connaissances sur l’ampleur de la situation, sur le coût de l’inaction, de sorte à convaincre sur les risques et opportunités, et à inciter à l’action. L’innovation, quant à elle, propose des solutions nouvelles contextuellement adaptées et éprouvées pour agir, tout en facilitant leur diffusion. Sans la recherche et l’innovation, il est difficile d’appréhender les limites du modèle actuel, de même que les opportunités et les options pour une transition vers une civilisation écologique.
  • Les politiques publiques sont l’autre pilier de la transition vers une civilisation écologique. Elles marquent une rupture, un choix assumé, et définissent les règles, les incitations et les cadres collectifs nécessaires pour orienter les comportements individuels et économiques ainsi que les investissements publics et privés. Elles structurent aussi l'éducation, la recherche et l'innovation pour changer les mentalités. Elles garantissent enfin que la transition soit équitable et inclusive, et qu’elle bénéficie à toutes les couches de la société. Sans volonté politique et stratégie publique cohérente, orientées sur la civilisation écologique, la pression du marché et des intérêts privés tend à favoriser l'exploitation rapide des ressources naturelles au détriment de la préservation écologique.
  • Les pratiques des bailleurs, des partenaires techniques et financiers, du secteur privé et des ménages sont le dernier pilier de la transition vers une civilisation écologique. Elles traduisent les politiques, la recherche et les innovations en changements concrets sur le terrain. Les bailleurs et partenaires financiers orientent les flux d’investissement (par exemple en conditionnant leurs financements à des critères écologiques). Le secteur privé, moteur économique majeur, a un rôle clé à jouer en adoptant des pratiques responsables dans la production, la consommation d'énergie, la gestion des ressources. Quant aux ménages, leurs choix quotidiens (mobilité, alimentation, consommation d'énergie, etc.) déterminent directement la demande pour des modes de vie plus durables. Si tous ces acteurs changent leurs pratiques en cohérence avec les principes de la civilisation écologique, ils rendent la transition non seulement possible, mais aussi durable et inclusive.

ACED accompagne et stimule les changements à ces trois niveaux à travers une approche d’ingénierie de la connaissance dénommée Evidence-Policy-Action (EPA) qui agit à trois niveaux :

  • La pertinence des connaissances. Nous accompagnons nos pays partenaires dans la formulation d’un agenda de recherche consensuel basé sur les besoins en connaissances autour de la civilisation écologique, puis facilitons la mise en œuvre de cet agenda pour la production des connaissances attendues. Nous expérimentons et testons en milieu réel des modèles de nature en ville ainsi que leurs mécanismes de gestion afin que les solutions proposées soient contextualisées et réalistes.
  • L’accessibilité aux connaissances. Nous nous assurons que les connaissances existantes ou produites soient mises à la disposition des décideurs politiques et des praticiens dans le bon format, le bon langage, au bon moment et à l’endroit de la bonne personne.
  • L’utilisation des connaissances. Nous accompagnons nos pays partenaires dans la compréhension de la vision politique et du lien avec leur secteur d’activité, dans l’identification des fenêtres d’opportunités d’action, puis l´intégration des dites connaissances dans leurs interventions et pratiques.

La civilisation écologique est une évolution des modèles de développement. Elle n’est pas qu’une option de développement, c’est la seule qui permet de faire face efficacement aux enjeux d’urbanisation et à la triple crise environnementale dans les villes africaines, et partout ailleurs.

[1] Africa's Urbanisation Dynamics 2025 - OECD

[2] Dynamique de l‘urbanisation africaine 2022 - OECD

 

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