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Garde d’enfants dans le secteur informel : pourquoi l’absence d’un cadre politique est un enjeu de développement

24 February 2026

Dans les marchés, les ateliers et les rues commerçantes d'Afrique de l'Ouest, des millions de femmes exercent chaque jour une activité économique sans laquelle leurs ménages ne survivraient pas. Elles sont commerçantes, artisanes, transformatrices alimentaires. Elles constituent l'épine dorsale du secteur informel. Et chaque matin, avant de commencer à travailler, elles font face à une question que les politiques publiques n'ont pas encore résolue : à qui confier leurs enfants ? 

Un vide institutionnel aux conséquences systémiques 

Les dispositifs publics de garde d'enfants ont été conçus pour un profil de travailleuse qui n'est pas celui de la majorité : horaires réguliers, revenus stables, capacité de paiement mensuel. Pour les travailleuses informelles, dont les revenus fluctuent au rythme des marchés et des saisons, ces dispositifs sont structurellement inaccessibles. 

En l'absence d'alternative, les arrangements se font à la marge : enfants portés sur le dos pendant les transactions, confiés à une voisine, à une aînée, parfois à une fillette à peine plus âgée. Ces solutions de fortune ne sont pas neutres. Elles exposent les jeunes enfants à des environnements insuffisamment protecteurs durant leurs années les plus déterminantes pour le développement cognitif et affectif. Elles contraignent les mères à arbitrer constamment entre leur présence auprès de leurs enfants et leur capacité à générer des revenus. Et elles alimentent un cercle dans lequel précarité économique et vulnérabilité familiale se renforcent mutuellement. 

Ce n'est pas une fatalité. C'est le résultat mesurable d'un angle mort des politiques sociales. 

Une question d'équité de genre 

La garde d'enfants est souvent traitée comme une question de protection de l'enfance. Elle est aussi, fondamentalement, une question d'équité de genre. 

Tant que la responsabilité de la garde repose exclusivement sur les mères, sans soutien institutionnel adapté, l'égalité économique entre les femmes et les hommes reste hors de portée. Les travailleuses informelles ne peuvent pas développer pleinement leur activité, accumuler du capital, accéder à des formations ou participer à des organisations professionnelles si une partie de leur énergie et de leur temps est constamment absorbée par une question que les politiques publiques auraient pu résoudre. 

Investir dans des solutions de garde adaptées au secteur informel, c'est investir dans la capacité économique des femmes. C'est reconnaître que l'autonomisation économique féminine ne peut pas progresser sans lever les contraintes structurelles qui la freinent. 

Ce que l'expérience de terrain démontre 

Pour répondre à cette réalité, le Centre africain pour le développement équitable a conçu un modèle de garde d'enfants adapté aux contraintes des travailleuses du secteur informel : flexible dans ses horaires, ancré dans les communautés locales et géré par les bénéficiaires elles-mêmes. 

En septembre et novembre 2025, les premiers Espaces Communautaires de Garde d'Enfants (ECGE) ont ouvert leurs portes à Tchatchégou et Ouidah, au Bénin. Dès le premier jour, les résultats sont parlants : des mères qui travaillent sans l'anxiété de savoir leurs enfants mal gardés, des enfants accueillis dans un environnement structuré et bienveillant, des communautés qui s'approprient un dispositif dont elles ont elles-mêmes défini les règles de gouvernance. 

Ces sites pilotes sont un outil de production de connaissances. Chaque donnée collectée : fréquentation, régularité de présence des enfants, effets sur l'activité économique des mères, constitue une brique dans la construction d'une politique publique fondée sur des réalités documentées. 

De l'expérimentation à la politique publique : le chaînon manquant 

Le Bénin ne dispose pas encore d'un cadre politique spécifiquement conçu pour la garde d'enfants dans le secteur informel. Cette lacune est partagée par la grande majorité des pays d'Afrique subsaharienne.

Combler ce vide requiert trois conditions. D'abord, des connaissances rigoureuses sur ce qui fonctionne, dans quels contextes et à quelles conditions : c'est l'objet de la phase pilote en cours. Ensuite, des décideurs disposés à traduire ces connaissances en orientations politiques concrètes : normes minimales, mécanismes de financement, articulation avec les systèmes de protection sociale. Enfin, des partenaires techniques et financiers prêts à soutenir cette transition de l'expérimentation à l'institutionnalisation. 

C'est précisément à ce point de jonction entre la connaissance et la décision que ACED situe son action. Parce que la transformation durable des conditions de vie des femmes et des enfants passe par des politiques publiques mieux informées, plus inclusives, et capables de répondre aux réalités de ceux qu'elles sont censées servir.