Au Bénin, où le secteur informel représente plus de 90 % de la main-d’œuvre, l’absence de solutions de garde d’enfants adaptées constitue une barrière structurelle majeure à l’autonomisation économique des femmes. Si le cadre réglementaire national s'est renforcé avec le décret de 2023, il subsiste un décalage entre les normes officielles et les réalités du terrain. Dans ce contexte, le Centre Africain pour le Développement Équitable (ACED) a mené une étude diagnostique nationale visant à cartographier et caractériser les acteurs de cet écosystème. L’étude a reposé sur une approche mixte combinant des analyses quantitatives et qualitatives auprès de 34 prestataires de services (formels et informels), 37 informateurs clés (cadres du MASM, des mairies et des GUPS) et 477 ménages à travers les douze départements du pays. Les résultats révèlent un écosystème fortement fragmenté, marqué par une juxtaposition d’acteurs opérant largement en isolation sans coordination systémique. L'État, via le Ministère des Affaires Sociales, assure un rôle prédominant de régulateur macro (59 % des protocoles de fonctionnement émanant de ce ministère) mais cette présence peine à se traduire par un soutien de proximité homogène. L'analyse met en évidence une forte spécialisation territoriale des acteurs non étatiques (ONG ou associations communautaires selon les régions) et l'émergence de véritables « déserts institutionnels » dans certains départements. Face à la distance de l’État, les prestataires assument un rôle paradoxal d'auto-régulateurs, près d'un tiers d'entre eux ayant élaboré leurs propres normes de fonctionnement. Pour pallier ces dysfonctionnements, l'étude préconise que l'État évolue vers un rôle de facilitateur de proximité, notamment par la création d'un statut juridique simplifié pour les acteurs informels et le renforcement du mandat de coordination des Directions Départementales des Affaires Sociales (DDASM).
Mots-clés : garde d’enfants, écosystème, secteur informel, gouvernance, coordination, acteurs étatiques, Bénin.