Au Bénin, la conciliation entre activités professionnelles et responsabilités familiales constitue un défi majeur pour les femmes, en particulier celles du secteur informel qui représente plus de 90 % de la main-d’œuvre. Malgré l’adoption en 2023 d’un décret encadrant les services de garde d’enfants, les dispositifs existants demeurent principalement adaptés au secteur formel et répondent insuffisamment aux besoins de flexibilité des travailleuses informelles. Dans ce contexte, le Centre Africain pour le Développement Équitable a conduit une étude diagnostique nationale visant à analyser l’écosystème de garde d’enfants et à identifier les leviers d’une politique plus inclusive. L’étude a reposé sur une approche mixte combinant des données quantitatives et qualitatives collectées auprès de 477 ménages de mères du secteur informel, 34 prestataires de services de garde et 37 informateurs clés dans les douze départements du pays. L’échantillon a couvert des zones urbaines, rurales et périurbaines afin de refléter la diversité des contextes. Les résultats ont montré que la garde à domicile par le cercle familial demeurait la solution la plus utilisée, principalement pour des raisons de confiance et de proximité géographique. L’accès aux gardes d’enfants formels est resté limité par des contraintes financières importantes, la majorité des mères disposant d’un revenu mensuel inférieur à 50 000 FCFA alors que le coût moyen de la garde avoisinait 12 000 FCFA, dépassant le seuil de soutenabilité recommandé. L’analyse a également mis en évidence une fracture territoriale marquée, caractérisée par une offre très limitée en milieu rural et par des services urbains souvent coûteux et peu flexibles. Les normes socioculturelles ont renforcé la charge de soins assumée par les femmes, avec une participation masculine faible. Les mères ont exprimé des besoins en services de proximité, en horaires flexibles et en prestations intégrant la nutrition et l’éveil. Les résultats suggèrent la reconnaissance des garderies communautaires, le renforcement des capacités des prestataires informels et la mise en place de mécanismes de subvention ciblés afin d’améliorer l’accessibilité et de soutenir l’autonomisation économique des femmes.
Mots-clés : garde d’enfants, secteur informel, autonomisation des femmes, politique inclusive, flexibilité, Bénin.