Genre et jeunesse dans les systèmes alimentaires et la nutrition : pourquoi les données probantes sont-elles importantes pour la prise de décision ?
Les groupes de genre (en particulier les femmes) et les jeunes (personnes âgées de 15 à 24 ans) sont à la fois fortement exposés à l'insécurité alimentaire et souvent exclus des processus décisionnels qui façonnent les politiques et programmes en matière de systèmes alimentaires et de nutrition (SAN). Alors que 783 millions de personnes souffrent de la faim chronique, les femmes représentent 60 % des personnes en situation d'insécurité alimentaire – en grande partie à cause des inégalités persistantes entre les sexes, des normes sociales néfastes et d'un accès limité aux ressources. Parallèlement, les jeunes atteignent l'âge adulte au sein de systèmes inéquitables et non durables, où une mauvaise nutrition à l'adolescence a des conséquences à long terme sur la santé, l'économie et la productivité. Pourtant, leur participation à la gouvernance en matière d'alimentation et de nutrition reste marginale. Les femmes et les jeunes sont actifs à toutes les étapes du système alimentaire – de la production agricole aux soins, en passant par la commercialisation et la vente – mais leurs contributions sont souvent invisibles ou insuffisamment soutenues. Réduire les écarts en matière de genre et de jeunesse dans les SAN peut contribuer à diminuer la sous-alimentation, les retards de croissance et l'anémie, tout en favorisant des objectifs plus larges d'autonomisation et d'égalité.
Intégrer les dimensions de genre et de jeunesse dans la production de données probantes permet d'identifier les groupes laissés pour compte, d'analyser l'impact différencié des interventions et de repérer les ajustements nécessaires. Ces données constituent la base de l'intégration transversale : un processus qui vise à ce que les considérations liées au genre et à la jeunesse soient présentes à chaque étape de la prise de décision – de la conception à l'évaluation. Cette approche améliore l'efficacité, l'équité et la transparence des programmes, tout en réduisant les risques liés à des politiques aveugles au genre ou excluant les jeunes. Elle garantit également que les politiques reflètent les réalités vécues par des groupes diversifiés, conduisant à des résultats de développement plus inclusifs.
Une prise de décision fondée sur des données probantes repose autant sur la production de connaissances que sur leur utilisation pour transformer les systèmes. En identifiant ce qui fonctionne – ou non –, comment, pour qui et pourquoi, la recherche permet de concevoir des stratégies ciblées et efficaces, favorisant à la fois la sécurité alimentaire, la nutrition, et l'autonomisation des femmes et des jeunes. Elle renforce également la redevabilité en indiquant où diriger les ressources et en mettant en lumière les lacunes à combler.
Le manque de données sur le genre et la jeunesse : défis et risques
Malgré une attention croissante portée à l'équité, à l'inclusion et à l'autonomisation des jeunes dans les systèmes alimentaires, les données sur le genre et la jeunesse restent insuffisamment collectées, analysées et utilisées. Cela limite la capacité à concevoir, mettre en œuvre et évaluer des interventions réellement inclusives et réactives. Parmi les défis communs à la production et à l'utilisation de données probantes, citons la limitation des capacités (manque d'expertise technique), le manque de données désagrégées (absence de ventilation des données par sexe ou par âge), l'incohérence de la collecte de données (définition, indicateurs et approches variables), les normes culturelles et sociales restrictives (tabous culturels autour des rôles de genre ou participation limitée des jeunes aux processus de décision) et les contraintes logistiques ou financières (collecte de données et processus coûteux et gourmands en ressources).
Des données inadéquates peuvent mener à un mauvais diagnostic des besoins, à des occasions manquées pour des réponses ciblées, à des conceptions de programmes inéquitables ou inefficaces, et même à l'aggravation des inégalités existantes. Pour éviter ces écueils, l'intégration du genre et de la jeunesse doit commencer par un renforcement de la production et de l'utilisation des données probantes.
Notre guide sur les données probantes relatives à la jeunesse et au genre : développer une culture des données probantes
Ce guide fournit aux chercheurs, aux praticiens et aux décideurs politiques des ressources leur permettant d'intégrer efficacement les données sur le genre et la jeunesse dans la recherche, la programmation et la prise de décision relatives aux systèmes alimentaires. Le guide propose des étapes pratiques, des cadres conceptuels et des outils fondés sur des données probantes pour aider les utilisateurs à :
- Comprendre pourquoi le genre et la jeunesse sont importants dans les résultats des SAN
- Produire et utiliser des données probantes par le biais d'une approche sensible au genre ou à la jeunesse
- Appliquer une optique sensible au genre et à la jeunesse tout au long du cycle du projet - de la conception à la mise en œuvre et à l'évaluation
- Identifier et surmonter les obstacles communs à l'utilisation d'éléments probants sur le genre et la jeunesse dans le cadre de la SAN
- Traduire les résultats en stratégies réalisables adaptées à divers publics
- Contribuer à des systèmes alimentaires plus inclusifs, équitables et efficaces.
L'objectif du guide est de renforcer le rôle du genre et de la jeunesse dans la formulation de solutions durables aux défis des systèmes alimentaires et de la nutrition, en promouvant une démarche structurée, participative et fondée sur des données probantes.