Au Bénin, où plus de 90 % de la main-d’œuvre féminine évolue dans le secteur informel, l’accès à des services de garde d’enfants adaptés est un levier critique pour l’autonomisation économique. Cependant, il existe une déconnexion profonde entre les services proposés et les réalités de ces travailleuses. Dans ce cadre, le Centre Africain pour le Développement Équitable (ACED) a réalisé une étude nationale visant à analyser les dynamiques de l'offre et de la demande. La méthodologie a reposé sur une approche mixte, mobilisant 34 prestataires, 477 ménages et 37 informateurs clés dans les douze départements. Les résultats révèlent une double fracture de l'offre : un milieu rural caractérisé par des « déserts de services » et un milieu urbain où l'offre, bien que diversifiée, reste financièrement inaccessible pour 89 % des familles dont le revenu mensuel est inférieur à 50 000 FCFA. L'analyse met en évidence une fracture fonctionnelle majeure, l'offre étant majoritairement rigide (horaires de bureau), tandis que les mères du secteur informel exigent une flexibilité totale et une garde en journée entière. Contrairement aux idées reçues, le coût n'est pas le premier critère de choix ; la confiance envers le prestataire et la proximité géographique priment. Par ailleurs, les familles n'attendent pas qu'un simple gardiennage, mais demandent des services incluant la nutrition, le suivi de santé et l'éveil. L'étude souligne également le poids des normes culturelles et de genre qui freinent l'adoption des services formels et l'implication des pères. Pour réconcilier l'offre et la demande, les résultats suggèrent de professionnaliser les acteurs communautaires de proximité, de promouvoir la flexibilité horaire et de mettre en place des mécanismes de tarification sociale.
Mots-clés : garde d’enfants, offre et demande, secteur informel, fracture territoriale, flexibilité, normes culturelles, autonomisation, Bénin.